Révolte des parapluies : les leaders jugés coupables

Benny Tai Chan Kin-man Chu Yiu-ming
Chan Kin-man, Chu Yiu-ming et Benny Tai ont été déclarés coupables, le 9 avril 2019

Les dirigeants du mouvement de désobéissance civile “Occupy”, à l’origine de la revolte des parapluies de 2014, ont été reconnus coupables mardi de conspiration en vue de provoquer des nuisances publiques, selon Reuters.

Les trois dirigeant sont le professeur de droit Benny Tai, 54 ans, le professeur de sociologie Chan Kin-man, 60 ans, et le pasteur à la retraite Chu Yiu-ming, 75 ans.

Ces derniers avaient tous plaidé non coupables, or ils ont tous été reconnus coupables de conspiration en vue de provoquer des nuisances publiques.

Benny Tai et Chan Kin-man ont par ailleurs été reconnus coupables d’incitation à commettre des troubles publics. Ils risquent jusqu’à 14 ans de prison ferme.

Les députés Tanya Chan et Shiu Ka-chun, les leaders étudiants Eason Chung et Tommy Cheung, l’activiste Raphael Wong et le vétéran du parti démocrate Lee Wing-tat ont également été reconnus coupables d’au moins un chef d’accusation de nuisance publique.

Coupables de “troubles à l’ordre public”

Le juge Johnny Chan a estimé que les manifestations étaient exclues du champ d’application des lois hongkongaises sur la liberté d’expression.

Révolution Hong Kong 2014
Les manifestants hongkongais sur le site d’Admiralty au soir du 29 septembre 2014.

“Le caractère déraisonnable des nuisances était tel que le droit important et protégé de manifester doit céder le pas”, a-t-il dit. “Ces actes ne sont pas garantis par la loi”.

Au procès à l’automne, l’accusation avait argué que les manifestations de masse avaient “causé du tort aux habitants” touchés par le blocage des voies de circulation.

Pour faire simple, le juge Chan explique qu’ils sont condamnés pour avoir paralysé le quartier, pas pour leur position anti-Pekin. Par conséquent, il estime que sa décision n’aura pas de répercussion sur le droit à manifester à Hong Kong.

Aucune peine n’a pour l’instant été prononcée et on ignore quand elles le seront.

“Nous allons poursuivre notre lutte pour la démocratie”, a dit à Reuters Benny Tai avant l’annonce du verdict. “Si nous avons commis un acte de désobéissance civile, c’est parce que nous voulons que justice soit rendue aux hongkongais”.

Pourquoi la “Révolution des parapluies” ?

Admiralty le 30 septembre 2014
Admiralty le 30 septembre 2014 – les manifestants exigeaient alors la démission de CY Leung.

Occupy avait pour but de bloquer le quartier de Central si un suffrage universel libre n’était pas instauré en vue de l’élection du chef de l’exécutif hongkongais en 2017.

Ils ont échoué, et c’est Carrie Lam, la numéro 2 de l’administration de l’époque (Pékin n’a pas souhaité que C.Y. Leung se représente), qui a finalement été élue.

Dans sa dépêche, L’AFF précise que les “anciens” furent débordés par la jeunesse et le mouvement étudiant (Scholarism & la Fédération des étudiants de Hong Kong).

La foule des premiers jours exprimait, en realité, un mécontentement général. Elle se composait d’indépendantistes, de militants pro-autonomie, des antis C.Y. Leung et de dizaines de milliers de jeunes hongkongais estimant n’avoir pas d’avenir.

La situation a dégénéré le 28 septembre 2014 quand les policiers tirèrent du gaz lacrymogène sur les protestataires, qui se protégèrent alors avec des parapluies.

gaz lacrymogène parapluies Hong Kong

C’est cet épisode qui donnera le nom à la révolte qui paralysera alors plusieurs quartiers, notamment celui d’Admiralty et de Mongkok, pendant près de trois mois.

Le mouvement, de son vrai nom “Occupy Central with Love and Peace” s’est dissous en décembre 2014 lorsque le dernier campement d’Admiralty, qui ne mobilisait plus alors que la frange radicale du mouvement, a été évacué par les forces de l’ordre.

Les autorites hongkongaises intraitables

Ce mouvement a fait perdre la face aux autorités hongkongaises qui se sont montrées incapables de contenir ce gigantesque élan de protestation.

Elles se sont depuis montrées intraitables, optant pour des poursuites judiciaires systématiques envers tous les leaders du mouvement, n’hésitant pas à solliciter l’aide de Pékin pour trouver de nouvelles interprétations à la Basic Law.

discours joshua wong
L’activiste Joshua Wong prenant la parole sur le campement d’Admiralty.

Depuis, plusieurs militants ont été poursuivis par le ministère de la Justice, certains purgeant des peines de prison, tels que Joshua Wong, Nathan Law et Alex Chow.

Certains, comme Agnes Chow ont été interdits de se présenter à une élection, tandis que d’autres ont purement été disqualifiés du LegCo. Aucun n’a été acquitté.

Anachronisme

“Se servir d’une Common law anachronique pour poursuivre de manière vengeresse des événements politiques ayant eu lieu en 2014 constitue un facteur de division abominable”, a estimé pour sa part Chris Patten, le dernier gouverneur de Hong Kong.

évacuation du campement d'Admiralty le 11 décembre 2014
évacuation du campement d’Admiralty le 11 décembre 2014 @ Getty Images

Le ministère chinois des Affaires étrangères a balayé ces critiques, déclarant que d’autres pays avaient lancé des poursuites similaires afin d’assurer le “maintien de l’ordre”.