Quand les Français “envahissent” Hong Kong

Cocotte Central Hong Kong

Promenez-vous dans les rues de Hong Kong, et curieusement,  vous serez surpris d’entendre autour de vous, au milieu du cantonais et du mandarin, un gazouillis de mots de français. Vous tournez le regard et vous découvrez  un jeune couple avec deux ou trois blondinets dans son sillage. Ce ne sont pas des touristes, mais bien des membres de cette communauté française  qui, comme un vol d’oiseaux migrateurs, a choisi Hong Kong pour vivre et nidifier sous des cieux plus exotiques et peut-être aussi, en regard de la crise de l’emploi en France, plus cléments. Alors que dans la population occidentale hongkongaise, le nombre d’Américains et de Canadiens, autrefois dominant, a baissé de 10% ces dix dernières années, celui des Français a doublé, ils seraient entre 25 et 30 000 individus alors qu’on ne compterait qu’environ 4 000 Allemands et 2000 italiens.

C’est d’après Yves Pouetzat, chef de la mission économique du Consulat de France à Hong Kong, une population jeune entre 18 et 45 ans, composée de 57% d’hommes et 43% de femmes, ce qui explique peut-être le grand nombre de couples mixtes de Hong Kong. Mais un tiers d’entre eux sont mineurs, signe qu’ils ont fondé une famille ici. Il y a quelques années le chef de l’exécutif du gouvernement de Hong Kong, invité dans la cérémonie du 14 juillet avait déclaré non sans humour dans son discours que les familles hongkongaises qui souffrent de l’un des plus  bas taux de natalité dans le monde devraient s’inspirer  de cette communauté française qui prospère sur le territoire.  On y rencontre en effet  beaucoup de familles de deux ou trois enfants et quelquefois plus. Le Lycée français international de Hong Kong, d’une très haute réputation pour ses 100% de réussite au bac,  a  d’ailleurs accueilli cette année plus de 2000 étudiants.

 Une communauté qui imprime sa marque dans le paysage urbain

“C’est une véritable invasion !”  dit James l’un de mes voisins australiens, cadre dans la haute finance, “ils sont jeunes, talentueux, nombre d’entre eux travaillent dans le secteur financier et la banque”. Et d’ajouter avec regret, “quel dommage que leur pays ne puisse pas leur offrir un travail, quelle perte pour la France”.  Car en ville beaucoup savent que s’ils sont ici, c’est, pour une partie, en dehors d’un goût pour l’aventure, en raison du haut taux de chômage qui frappent les jeunes en Europe.

Les Français sont bien sûr depuis longtemps présents à Hong Kong, ils sont arrivés à la fin du XIXème siècle à la suite des colons anglais, mais dans les années 1920, ils étaient moins d’une centaine. Ils ont établi très tôt leurs banques et quelques congrégations religieuses ont construit écoles, orphelinats et hôpitaux. Mais c’est après la révolution chinoise quand Hong Kong s’est modernisé qu’ils ont, par leurs entreprises de bâtiment, fortement participé à la construction des infrastructures modernes. Ils étaient alors expatriés par leur compagnie, ingénieurs, banquiers ou commerçants, mais maintenant c’est une autre catégorie d’expatriés qui arrivent : des jeunes, parfois sans le sou, mais bourrés d’idées et d’audace, stimulés par la souplesse hongkongaise  en terme de création d’entreprise. La chambre de commerce française de Hong Kong regroupe ainsi plus de 800 compagnies, le dernier numéro de sa revue trimestrielle Echo titrait d’ailleurs sa couverture avec cette boutade « Hong Kong sur Seine »

Siroter un verre de vin aux Pucelles

Ces nouveaux arrivés n’hésitent pas à créer leur start up dans les nouvelles technologies, de créer des sociétés de service sur internet, d’aller produire de leur propre initiative en Chine, ils font de l’import –export ou plus simplement, artisans, ouvre des petits restaurants et cafés de nouveaux styles, des pâtisseries et des boulangeries dans les vieux quartiers sur l’ile de Hong Kong, où ils habitent, tels que Sheung Yuan, Sai Yin Pun que certains dénomment déjà Le petit Paris, Kennedy Town. Leurs ainés plus aisés vivent dans le village de Stanley, plus huppé dans le sud de l’île. L’un des gros obstacles à leur installation est le prix prohibitif des loyers qui forcent les moins fortunés à partager des appartements sur les îles plus lointaines. Les enseignes en français fleurissent un peu partout.  Les marques de luxe dans la mode, la joaillerie, l’horlogerie, la parfumerie sont connues de tous ; l’art de vivre à la française est populaire et l’Alliance française propose à côté de ses cours de français qui attirent 6000 étudiants par an de multiples ateliers pour apprendre à faire une baguette, des macarons ou des profiteroles…  Les Hongkongais eux-mêmes s’inspirent de cette mode de vivre à la française et par exemple, l’un d’eux à coté de chez moi, dans le vieux quartier  de Taihang maintenant aussi prisé par les jeunes Français, vient d’ouvrir son bar à vin qu’il a  curieusement baptisé “Les Pucelles”.